Juste comme ça, parce que j'avais envie de publier cette image ;)
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L’histoire de Valentin, dans la poussière de fraction de pico-seconde universelle de ce monde, a commencé ainsi : son premier jour fut une nuit.
Il y avait de cela une quinzaine d’années, par un soir pluvieux de novembre, celle qui devint sa mère ressentit une série de contractions qui lui firent penser qu’il était temps d’accoucher. Les futurs parents s’étaient alors précipités sur l’ascenseur de 22h43, pour se rendre dans les plus brefs délais au plus proche hôpital, à savoir celui du 223e étage.
Mais celui-ci avait du retard, comme c’est souvent le cas avec les trajets de nuit et, comble de malchance pour le jeune couple, il était bondé lorsqu’il arriva pour embarquement. Toute une équipe d’entretient qui descendait au niveau 387. Deux chariots garnis de produits divers et bariolés, huit balais, sept seaux, neuf serpillières, dix paires de gants en plastique et les gens en tenue qui vont avec. A peine une place pour le papa en devenir (et pourtant, c’est vrai qu’il était assez maigre), alors difficile d’imaginer une femme enceinte prendre place dans la cabine. Et, comme toujours dans les fins de service, le prochain départ était annoncé à minuit pile.
La seule solution, à part bien sûr attendre de perdre les eaux devant les portes métalliques de la machine en espérant qu’elles daignent s’ouvrir sur un « direct exceptionnel pour le 223e », était de tenter une descente par les escaliers.
Le problème est simple : ils avaient deux cent quarante deux étages à parcourir, sachant que chaque niveau mesure facilement cinq mètres du sol au plafond et que la hauteur standard d’une contremarche est de dix-sept centimètres, combien de marches devaient-ils descendre ?
La réponse est : sept mille cents dix-sept. Et des poussières. L’architecture n’est pas une science exacte, en terme d’escaliers.
Deux heures, six minutes et quinze secondes plus tard, alors que l’ascenseur de minuit pile refermait ses portes dans le hall du 223e, ils arrivèrent devant le portail automatisé de la maternité, hagards, exténués, à bout de forces. Ils furent aussitôt pris en charge par des infirmières.
Elles leur devaient bien ça.
A la réflexion, le petit Valentin aurait bien pu naître sur le chemin, entre deux marches d’escalier, sur un palier ou, pourquoi pas, à l’entrée de l’hôpital. Cependant il n’en fut rien ; c’est à croire qu’il s’accrochait à quelque chose, qu’il n’avait pas vraiment envie de voir à quoi ressemblait ce monde qui allait devenir le sien…
Mais peut-être qu’il n’en avait même pas conscience, au fond.
A 1h01, alors que la pluie battait encore contre les carreaux de la maternité, Valentin vit pour la première fois la lumière : une blancheur puissante et douloureuse qui provenait des néons. Il avait ouvert de grands yeux, sans émettre le moindre son. Puis il avait regardé tout autour de lui avant de se mettre à brailler. Un peu comme s’il avait commencé par juger son environnement avant de l’accepter.
A 1h03, sa mère s’était éteinte. Sans doute l’effort de la descente suivi de celui de l’accouchement avait eu raison d’elle.
Son père s’était endormi dans la salle d’attente. Un sommeil lourd et proche du coma qui se prolongea sur près de vingt-quatre heures. Il n’apprit le décès de sa femme qu’au réveil. Mais la nature est ainsi faite, partout dans l’univers : quand une âme s’en retourne aux étoiles, une autre voit le jour sur l’une d’entre elles. Une sorte d’équilibre, qui fait que les mondes perdurent, que les êtres puissent toujours rêver.
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Sur une petite planète bleue perdue au fond de l’univers, troisième galaxie à gauche puis tout droit vers l’infini, un peu avant de se brûler les ailes sur un amas stellaire, il était une fois…
…il était une fois des mammifères bipèdes qui se disaient doués de raison. Ils vivaient en harmonie de poudre, de canons, de poisons, de cordes, de poignards et de clés anglaises avec toutes les autres espèces vivantes qui partageaient avec eux cette boule de terre et d’eau. Pendant des millions d’années – qui sont comparable, à l’échelle de l’absolu, à quelques poussières de microsecondes – ils ont utilisé leur intelligence pour que leur vie soit meilleure, inventant systématiquement une solution à tout nouveau problème qui se présentait à eux, et perfectionnant toujours ces mêmes solutions au fil du temps, dans le doute qu’avec l’âge elles ne soient plus très efficaces. Et comme il valait mieux s’y mettre à plusieurs pour trouver encore plus d’idées, ils n’eurent de cesse de se regrouper pour créer plus.
C’est ainsi que fut bâtie la plus grande ville de la planète, Babylone.
La cité était déjà assez vaste, en terme d’étendue. Elle consistait surtout en une accumulation concentrique de bâtiments historiques, de petits immeuble de trois à cinq étages bien rangés le long d’avenues circulaires. Et au cœur de cette cité était une place ronde. Et au centre de cette place se dressait un immeuble tellement haut que, les jours de pluie, ses cheminées allaient chatouiller les nuages. Il y avait tellement d’étages que personne n’osait jamais utiliser les escaliers. Et pour cause, le jour de l’inauguration, quand l’architecte entreprit de gravir la tour, avec le maire de la ville et tous ses adjoints, on ne les revit jamais vivant.
Ici, il n’y avait pas besoin de quitter l’immeuble pour vivre : les entreprises, les services publics et toutes les installations étaient prévues : des parcs aux restaurants en passant par les écoles et les hôpitaux, tout était disséminé sur les nombreux niveaux du bâtiment. Ce qui fait que les habitants respiraient rarement l’air frais de l’extérieur. Mais tout le monde semblait s’en être accommodé.
Dans cet immeuble on avait construit dix ascenseurs. Ce qui était déjà bien, mais pas suffisant. Tous les matins, tous les soirs, il fallait attendre que la machine arrive au bon étage pour pouvoir partir travailler ou alors renter chez soi. Comme dans les gares, on mettait à disposition des dépliants avec les horaires des départs en fonction des étages. Comme dans le métro, des panneaux indiquaient à chaque palier le temps d’attente avant l’arrivée du prochain ascenseur.
De même, ceux qui vivaient au dernier étage devaient compter au moins vingt minutes de transport vertical (et encore, quand la cabine ne marquait aucun arrêt) pour regagner leurs pénates. Ce qui pouvait parfois poser problème aux heures de pointe.
Et c’est ici, dans un appartement situé au 465e étage, soit à seulement cinq niveaux du toit, que vivait Valentin.
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