Les Muses - I : Titania

Publié le par Sam

I

Titania

 

« Que fais-tu là si tard, ma petite Ninette ? »

Alfred de Musset



 

Elle m’apparut le jour d’une belle nuit.

Mon âme partit s’abîmer dans deux sombres puits

Quand je serrai en ma main ses longs doigts de fée.

Un regard, un sanglot et un faible murmure ;

Ce moment reste gravé sur ma paume impure :

Je garde les marques de ses ongles nacrés.

 

Dans la profonde arrogance de ses ténèbres,

Je regardais briller un désespoir funèbre.

Voyeur hypnotisé, amoureux tourmenté…

Au fond de ses yeux scintillait un univers

Qui m’a arraché bien des larmes et des vers,

Depuis un songe, une certaine nuit d’été…

 

Pour elle j’avais des rêves et des romances ;

Ma folie vit le jour par sa transcendance ;

Mon esprit la changeait en femme d’Obéron.

Parfois, comme en cette heure, son parfum me revient,

Tel un spectre désiré supplantant le mien –

Celui de mon âme – et je souffle encor son nom…

 

Que fais-tu là si tard ? Le temps a bien passé,

Ô ma Reine ! Pourquoi revenir me hanter ?

Le mal que tu m’as fait, je te l’ai bien rendu.

Qu’aurait-on à dire d’une pareille histoire ?

Je la lis en surimpression de tes yeux noirs…

Et j’aimerais y voir cet amour révolu.

 

« We shall chide downright, if I longer stay. »

Titania, in A Midsummer Night’s Dream.

Publié dans Poèmes-tampons

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