Jeudi 3 juillet 2008

III

Hermia

 


« Donne-moi tes lèvres, Julie ;

Les folles nuits qui t’ont pâlie

Ont séché leur corail luisant. »

Alfred de Musset

 


Les larmes parfois ne se perdent pas ailleurs,

Elles peuvent rouler le long d’un tendre cœur

Pour finir par noyer la prudente sagesse.

Ballotté entre les reflux du désespoir,

Je vis une jeune fille à l’écharpe noire

Qui me fit oublier ma peine et ma détresse.

 

Sur un seul mot d’elle, j’aurais abandonné

Ma suite de songes encore à pardonner,

En rêvant éveillé à un nouveau bonheur.

C’était ma Magicienne, mon oiseau de feu,

– En ce temps où le rouge embrasait ses cheveux –

Qui ranimait l’amour, des cendres de mon cœur.

 

Puis, un soir pluvieux a noyé mes espoirs,

Ocho de Mayo à graver dans mon histoire, –

Lorsque Octave embrassa l’éternelle Phoenix :

J’ai séché mes yeux tristes dans de blancs rideaux ;

Du fond d’un verre qui n’était pas rempli d’eau,

J’errai, ivrogne et fou, sur les berges du Styx.

 

Pourquoi aimer toujours ce même ange doré,

Puisqu’un beau jour il finira par s’envoler ?

Je crois bien que c’est là ma plus grande folie…

Alors en attendant de lui dire adieu,

Chaque semaine je contemple ses yeux…

Oh, pour ce soir, donne-moi tes lèvres, Julie !

 

« I frown upon him ; yet he loves me still. »

Hermia, in A Midsummer Night’s Dream.

par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Dimanche 29 juin 2008

II

Artificia

 

« Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? »

Charles Baudelaire


 


A nouveau le serpent d’acier quitte le Parnasse,

Ce sont des souvenirs que mon esprit ressasse

Dans cette gare oubliée à perte de vue :

L’époque où mon astre n’était pas soleil noir,

Le temps passé où j’aimais encor mes espoirs ;

Cette histoire je la conte une fois de plus.

 

C’est ici je crois que nos regards se croisèrent

Pour la première fois, que mes yeux osèrent

Lire une promesse dans les cieux de ses yeux.

Et le temps, en passant, fit naître une passion

Qui peu à peu se transforma en obsession,

Et qui sema le doute dans mes propres vœux…

 

Dans sa grande chambre ombragée de poèmes,

Les secondes se figèrent sur mon « je t’aime… »

J’avais agis, il est vrai, sans grande sagesse ;

J’ai dit pour me sauver que c’était un mensonge,

C’est à peu près ainsi que s’est fini le songe

Et que j’ai cru perdre ma précieuse Déesse.

 

Quelques fois encore, je la revois, dansant

Comme un rêve sur d’éternels sons enivrants,

Près de moi, mais sur l’autre bord de l’Achéron…

Un soir où je te posais la question, Agathe, –

Savoir si ton cœur parfois prenait la frégate, –

Tu m’as offert comme réponse un triste « non. »

 

« Would that he were gone. »

A Fairy, in A Midsummer Night’s Dream.

 

 

par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Mercredi 25 juin 2008

I

Titania

 

« Que fais-tu là si tard, ma petite Ninette ? »

Alfred de Musset



 

Elle m’apparut le jour d’une belle nuit.

Mon âme partit s’abîmer dans deux sombres puits

Quand je serrai en ma main ses longs doigts de fée.

Un regard, un sanglot et un faible murmure ;

Ce moment reste gravé sur ma paume impure :

Je garde les marques de ses ongles nacrés.

 

Dans la profonde arrogance de ses ténèbres,

Je regardais briller un désespoir funèbre.

Voyeur hypnotisé, amoureux tourmenté…

Au fond de ses yeux scintillait un univers

Qui m’a arraché bien des larmes et des vers,

Depuis un songe, une certaine nuit d’été…

 

Pour elle j’avais des rêves et des romances ;

Ma folie vit le jour par sa transcendance ;

Mon esprit la changeait en femme d’Obéron.

Parfois, comme en cette heure, son parfum me revient,

Tel un spectre désiré supplantant le mien –

Celui de mon âme – et je souffle encor son nom…

 

Que fais-tu là si tard ? Le temps a bien passé,

Ô ma Reine ! Pourquoi revenir me hanter ?

Le mal que tu m’as fait, je te l’ai bien rendu.

Qu’aurait-on à dire d’une pareille histoire ?

Je la lis en surimpression de tes yeux noirs…

Et j’aimerais y voir cet amour révolu.

 

« We shall chide downright, if I longer stay. »

Titania, in A Midsummer Night’s Dream.

par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Dimanche 16 mars 2008
Un bruit abolit les frontières de ma nuit.
 
Du bout du clique je déroule ta fenêtre,
Pour que tes bouclettes réchauffent mon ennui,
A travers mon écran, par échange de lettres.
 
Juste une seconde sépare nos visages,
Juste une seconde pour franchir les nuages.
 
Quand nos bras sont trop court pour se rejoindre,
Mes doigts martèlent sur le clavier quelques stances
Jusqu’à sentir sous les stores le soleil poindre,
Puisque mon cœur ne peut pas couvrir la distance…

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par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Jeudi 6 mars 2008
Voici un petit texte sorti du tiroir, une sorte de poème en prose...

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Les portes du Manoir à nouveau me sont ouvertes ; ces lieux sont ma maison, ma vie, ma naissance, et je ne pourrais refuser d’y pénétrer une ultime fois.
 
Il m’en reste encore des visions par saccades : l’ultramarine des cieux étoilés ; le Manoir se découpe sur l’escarpement de la montagne ; pas une lumière, pas une lueur, aucun espoir ; le couloir ; les néons blafards ; le carrelage jaunâtre qui suinte l’angoisse ; le rythme des éclairages glauques ; la porte blindée au bout du corridor, lacérée par les éclairs de mes griffes ; numéro vingt-trois ; peinture blanc cassé sur les murs sales et effrités ; cloques au plafond ; salle de torture numéro vingt-trois ; table d’opération dans le clair-obscur ; cuve bouillonnant d’un liquide verdâtre et phosphorescent ; tuyaux médico-organiques ; sang séché ; sang coagulé ; partout  du sang ; cadavres disséqués ; cris des vivisections… et moi.
 
Ma naissance. Fœtus dans des tubes à essai, grandissant dans la cuve, irrigués de tuyaux. Les tuyaux de la mort, des poisons létaux pour insuffler la vie. Veines artificielles plongeant dans les os, au creux de la moelle, vers la douleur. Des prises, des lueurs oscillantes, nous n’étions plus humains. Multiplication in vitro de cellules mutantes et dégénérées. Neuf bébés. Expérimentations de mes pères, échec complet. Seul survivant ? Moi.
 
J’ai lutté. J’ai résisté. Je voulais ma liberté. Même le scalpel finissait par m’être indolore. Je me rappelle cependant du bruit de ma chair écorchée, mise à nue lorsque mes doigts se fendaient pour laisser jaillir de mes bras boursouflés mes griffes acérées. Le froissement de mes muscles lorsque mes mains s’allongeaient dans la démesure, les craquements de chaque fibre de mon être, le crépitement de mon sang recueilli dans les flasques d’étude… Mais si mon corps se transformait, mon âme demeurait inchangeable. Un jour je parti, volant au passage de ma noire fureur la vie de mes géniteurs. Leur vie contre la mienne… Depuis, le Manoir reste à l’abandon.
 
Qui soupçonnerait qu’au milieu des feuilles de lierre, des mauvaises herbes, des rochers noirs et des reptiles sombres dormait encore la lueur de mon existence. Ma naissance. La cuve. Comme une mère elle finit par me rappeler à elle. Tout était si vieux, et me poursuivait depuis si longtemps…


par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Jeudi 28 février 2008
 
                                                                         Je sers à rien !
 
J’ai tendance à m’enfuir, me noyer dans la bière ;
Il faut bien me comprendre, moi je n’en peux plus :
J’ai hélas une jalousie jardinière
Envers tous ces gens qui s’emballent dans la rue.
 
C’est vrai, au fond : comment peut-on rouler des pelles
Quand dans sa collection on n’a que des râteaux ?
A-t-on le droit de trouver qu’une fille est belle
Sans pour autant devenir carrément marteau ?
 
Au fond, je n’ai rien contre tous ces beaux amants :
Ils s’entraînent pour rendre leur langue plus souple ;
Il m’arrive pourtant de m’asseoir sur un banc
Et de balancer des grenades sur les couples.
 
Je crains que ce ne soit pas une solution.
Car s’il me faut atomiser les gens heureux,
Tous ces amoureux qui sécrètent leurs passions,
Je risque d’être éclaboussé un petit peu… 
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par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Mardi 19 février 2008
 
Tu m'as pioché par hasard.
J'étais seul dans la multitude,
Egaré dans ma nuit barbare,
Je ressentais ma solitude.

Au contact de tes douces lèvres
J'ai ressenti ton désespoir,
Toi dont les tremblements mièvres
M'ont empêché de bien te voir.

Pas d'illusion, car je savais
Ce pour quoi nous étions liés.
Ce n’est pas moi que tu voulais.
Tu m’as choisi pour oublier.
 
Mais tu m’aimes, oh ! oui tu m’aimes,
Moi, ton désir qui se consume !
Et je veux croire à ce tandem
En oubliant ton amertume.
 
Mais je m’égare à ton égard
Tout contre toi, l’esprit miné ;
Je ne comprends plus ton regard
Car l’amour m’a contaminé.
 
Notre histoire touche à sa fin
Mais toi, ne m’abandonne pas.
Je sais pour toi, je ne suis rien,
J’aurais dû m’en tenir à ça.
 
Oh par pitié ! Oh laisse-moi
Goûter encor à ta salive !
Car c’était la première fois
Que j’ai connu cette dérive :
 
Moi qui ne savais rien des filles,
J’ai découvert entre tes doigts
Un sentiment de pacotille
Qui n’avait un sens que pour moi.
 
Et tu me recolles à ta bouche
Pour me jeter sans un regard,
Et la pluie sera ma douche
Ecrasé au bord du trottoir…
 
La vie est courte, la vie est dure
Pour qui s’attache à des salopes ;
L'amour est de mauvaise augure
Pour moi qui n'étais qu'une clope.



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par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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Mercredi 13 février 2008
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Non.
Je ne veux pas
de tes rêves en cachets
qui syncopent l’oubli
de tes soupirs de fumée
à l’angoisse qui verdit
des tes fards, de tes poudres
de tes aiguilles
tes herbes, ta médecine
pour combattre mon ennui.
A tes poisons, à tes encens
moi je préfère les agréments
         d'un bon verre bien rempli.
        

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par Sam publié dans : Poèmes-tampons
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